mardi 16 juin 2009

Le temps passe et l'absence ne s'écoule pas avec lui ...

Des mois, des jours, des milliers de minutes ...
Chacune passée sans eux ...
La renonciation à l'héritage nous couvre, nous sommes libérées de leurs dettes infinissables que la maison de retraite leur avait savamment concocté. Vive la charité chrétienne. elle s'arrête à un peu de patience en attendant un chèque... mais le jour où ils veulent être payé, il n'est plus question d'entraide. Un centre aussi tristement financier que les autres. Non, comme on nous l'avait dit, ce n'est pas un centre qui recueille les vieux pasteurs en retraite et leurs femmes, un centre dans lequel ceux qui ont les moyens donnent ce qu'ils on, et dans lequel les gens qui n'ont presque rien donnent aussi ce qu'ils ont, mais dans lequel on ne leur demande pas ce qu'ils n'ont pas. C'était faux. ils avaient 20 euros d'argent de poche ... Maman ne pouvait pas les aider, elle-même couverte des dettes que sa vie lui avait laissées. Moi et ma soeur ? tout juste entrain de nous construire une carrière, chacune avec deux enfants et pour ma part même pas de pension alimentaire ... comment faire ? j'ai voulu accueillir mamie en fin de vie, parce que ça, je pouvais le faire, mais elle ne pouvait pas monte les 3 étages...
J'ai fait leur déménagement lorsqu'ils en ont eu besoin ...
mais je ne pouvais donner plus.
Le reste de la famille a de l'argent, beaucoup même ... mais ils ont beaucoup parlé sans jamais aider vraiment ... mes pauvres grands-parents, ces lutteurs pour la vie, la liberté, l'égalité, ils étaient toujours restés des rebelles qu'on admire mais qu'on ne veut pas voir de trop près... Ma tendre maman, leur digne fille, éponge des souffrances, elle aussi fut bien mise à mal par la ségrégation religieuse, l'esprit obtus des ignorants ...
Et je suis triste, papy avait un dossier avec mes lettres ... mes mots d'amour ... et il est resté là bas, il finira, déguelant d'une poubelle triste, une poubelle de petit vieux, comme on en a tous croisé sur les trottoirs de nos villes et de nos campagnes, ces poubelles dont on a presque rit quand on étiat ado, face à ces chaussures informes et démodées, ces robes à fleurs rendues tristes par les lavages consciencieux, ces draps sublimes, brodés à la main, mais dont personne ne veut plus, ces dates en haut de papiers jaunis par le temps, cornés par des doigts qui ont vécus ...
Toutes les choses qu'il avait précieusement gardées auprès de lui, les vestiges de sa liberté, les souvenirs de sa vie de labeur et de fierté. J'ai honte de n'avoir pas assez d'argent pour éponger leurs dettes, juste pour pouvoir encore fouiller dans les tiroirs de mon papy chéri, le bureau qui aurait du me revenir ... et qui finira chez un antiquaire...
Ils doivent être soulagés, de là où ils nous regardent, de savoir que nous ne payerons pas pour eux.

Tous les matins, je suis lourde de leur absence, je pense à eux pour chaque pas que je fais, quand je vais chercher du pain avec un enfant par la main, quand je regarde un livre, que je joue aux cartes, quand je vais travailler, que je marche, quand j'attend le petit feu vert du piéton, quand mes enfants me parlent de la mort, quand ma famille est disloquée par les occupations, quand je me lave les mains, avec un vieux savon rêche, que je renifle les petits doigts des garçons parce qu'ils mentent, comme moi, avant de passer à table, quand j'ouvre internet, et que les liens de papy sont encore là et que je les relis, des heures durant...
Ils me manquent comme jamais ... je les aime si fort ... les images de la fin sont gravés dans ma mémoire et j'ai mal de cette vieillesse infidèle qui traverse les corps après les avoir saccagés.
je commence à avoir peur, peur de l'âge et de ses ravages, je commence à avoir mal, mal de la maladie qui s'abat sur tous les membre de notre famille, je commence à être en paix, en paix avec le vide...
mais je termine chaque jour en pensant que mes tourments sont ceux de la vie...

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